L'avantage des sujets anxiogènes, c'est qu'ils ne pardonnent pas l'erreur. Il n'y a pas de recette type, à chaque sujet son dosage. Un rien suffit pour que le plat soit poisseux de pathos, alourdi par une voix off complaisante, desséché par des explications rébarbatives. Le talent de quelques-uns leur a permis de contourner l'écueil. Ils ont rendu compte de la noirceur de certaines réalités avec grâce, précision et pudeur. Merci à François-Philippe Gallois et son immersion chez les Pygmées Bagyéli, à Christian Poveda qui a payé de sa vie son fascinant voyage chez les Maras du Salvador, à Timothy Grucza et Yuri Maldavky pour leur compte-rendu du quotidien dans un avant-poste en Afghanistan.
"S'intéresser aux responsables"
"Le documentaire montre la misère, la souffrance ce qui a sa nécessité. Mais il serait plus nécessaire de s'intéresser aux responsables de ces situations!", déclarait Gérard Mordillat. Et de fait : lorsque les responsables s'expriment, les docus prennent plus de sens. Toute la pertinence d'Une peine infinie, histoire d'un condamné à mort, de David André, réside dans son choix de faire parler ceux qui ont fait condamner et exécuter Sean Sellers. Dans Schlimmer als Krieg, Daniel Goldhagen s'entretient avec des responsables des génocides rwandais et guatémaltèque.
Corée du Nord?: le socialisme en chantant, de Barbara Necek, François Théry et Paul de Jenlis, prend le parti de filmer la dictature telle que ses dirigeants veulent la montrer.
Mais il arrive qu'un système soit conçu précisément pour déresponsabiliser ses auteurs. C'est ce qu'explique Alain de Halleux, réalisateur de Nucléaire : rien à signaler, dans lequel il suit des salariés travaillant en sous-traitance pour EDF afin de vérifier la sécurité des centrales nucléaires : "Pendant un an et demi, j'ai tenté de rencontrer les cadres d'EDF mais ils ne sont pas responsables ! Le jour où il y aura un accident nucléaire en France, personne ne sera responsable "
Franz Durupt et Pauline Grand d'Esnon
Le Palmarès
Grand Prix
Sans blessures apparentes, de Jean-Paul Mari et Franck Dhelens, 63', France
Prix spécial du jury
Mines d'uranium : le scandale de la France contaminée, d'Emmanuel Amara et Romain Icard, 84', France
Mention spéciale du jury
La Juge et l'Affaire des dioxines, de Clarisse Feletin, 72', France, pour la rigueur et la clairvoyance avec lesquelles est relatée une instruction lourde de conséquences.
Prix Olivier Quemener-RSF
Torture made in USA, de Marie-Monique Robin, 85', France
Prix de l'investigation
Afghanistan, sur la piste des dollars, de Paul Moreira, 57', France
Prix de l'image
(Moi et mes frères) Eu e os meus irmaos, de Candida Pinto, 34', Portugal
Prix Terre(s) d'Histoire/Ina
Le Dernier complot de Staline, de Philippe Saada, 76', France
Prix Autrement vu des cinémas du Nord-Pas de Calais
Un si long voyage, de Stephanie Lamorre, 90', France
Mention spéciale du jury Autrement vu
Schlimmer als Krieg, de Mike De Wiett et Daniel-Jonah Goldhagen, 74', Allemagne-USA
Prix Coup de pouce
Por la razon o la fuerza, de Jonathan Cadiot, 52', France
Prix ESJ-Lille-Figra 2010
Les Pygmées Bagyeli à la lisière du monde, de Francois-Philippe Gallois, 87', France
Prix Jury Jeunes
Femmes en filigrane, de Marjory Dejardin, 52', France
Prix du public
Sans blessures apparentes, de Jean-Paul Mari et Franck Dhelens, 63', France
Du côté des forums