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Les infirmières scolaires jouent un rôle clé primordial auprès des ados en matière de prévention

Parler sexualité sans rougir

mercredi 10.03.2010, 14:00
Les infirmières scolaires sont à l'écoute des jeunes sur des questions délicates qui touchent à l'intimité. Les infirmières scolaires sont à l'écoute des jeunes sur des questions délicates qui touchent à l'intimité.

À la simple évocation du mot, certains rougissent, d'autres font ceux qui savent tout, d'autres encore font les désintéressés mais ont l'oreille bien tendue.

Le cours s'appelle "vie affective et sexuelle ".
Le rapport remis à Roselyne Bachelot en février dernier pointe du doigt la question de l'information des adolescents en matière de contraception, d'interruption volontaire de grossesse (IVG), etc...toutes ces questions qui touchent à l'intime font pourtant partie du travail quotidien des infirmières scolaires. « C'est une mission première pour nous », souligne Fabienne Degroote, infirmière scolaire au collège Langevin et coordinatrice des infirmières scolaires sur le bassin Boulogne-Montreuil.
En réalité, les infirmières connaissent bien les jeunes, puisqu'elles les suivent dès le primaire. « Et eux nous identifient bien, ils savent qu'ils peuvent venir au moindre souci », ajoute Sylvie De La Farge, infirmière au lycée Cazin. D'ailleurs, le bureau, aussi agréable que possible, s'ouvre des dizaines de fois en un après-midi. « Notre rôle, c'est soigner, protéger, informer, écouter », expliquent-elles.

Les bons mots
sans tabou

Au-delà du bureau, les infirmières scolaires interviennent dans les classes. Et ce sont à chaque fois des moments privilégiés pour déclencher le dialogue sur un nombre infini de questions. Au collège Langevin, Fabienne Degroote intervient à chaque niveau, de façon adaptée, avec des outils pédagogiques. Au lycée Cazin, Sylvie De La Farge rencontre tous les jeunes qui entrent en première année. « L'année dernière, une conteuse a présenté un spectacle. Cette année, je travaille avec un film réalisé par des élèves du lycée. Ce qui est intéressant, c'est que ce sont des jeunes qu'ils connaissent, qui utilisent leurs mots. » Le travail de sensibilisation des infirmières scolaires est fixé par les textes de loi. Il se fait aussi en lien avec les enseignants, le CPE, l'assistante sociale... Mais leur implication et leur façon d'en parler, c'est ce qui fait l'efficacité. « Peu de campagnes sont réellement efficaces. La prévention, c'est délicat. Il faut que ça tombe au moment où les jeunes se sentent concernés. Et tous n'ont pas la même maturité. Quand certains ont leur première relation à 13 ou 14 ans, d'autres, la majorité, n'ont pas encore eu de petit copain en arrivant au lycée... Ce qui compte, c'est qu'ils ou elles savent qu'au moment venu, nous sommes là. » À l'heure d'internet, l'accès à l'information semble facile. « Mais ils ont un tas d'idées préconçues parfois surprenantes. Il est essentiel de recadrer.
 » En 3ème, une urne recueille les questions anonymes, dévoilant une foule d'interrogations : est-ce que je peux tomber enceinte au premier rapport, c'est quoi les règles, et si la capote craque, et quid de l'homosexualité.... « La question qui revient, c'est "est-ce que je suis normal ? "». Sylvie De La Farge et Fabienne Degroote, rassurent, sans rougir. « Si c'est tabou pour nous, ça l'est encore plus pour eux. Au contraire, il faut pouvoir parler, sinon, on passe à côté de situations qui peuvent devenir dramatiques. Non seulement nous sommes tenues au secret professionnel, et surtout, nous ne sommes pas là pour faire la morale ».

Confidentialité
Dans toutes ces problématiques, la question du respect reste essentielle. « La violence n'a pas d'âge. Et ce n'est pas évident pour une jeune fille de savoir poser les limites. Nous rappelons que leur corps leur appartient, qu'on n'accepte pas d'aller plus loin avec un garçon, juste parce qu'il menace de rompre... » Il est aussi question de sida, de drogue, d'internet. La pilule, du lendemain ou pas, et parfois l'ivg, cela aussi fait partie du rôle des infirmières scolaires, et ce dès le collège. « Nous travaillons avec le centre de planification familiale. Une conseillère intervient. On explique où c'est, ce qu'on peut y faire : voir un médecin, avoir des préservatifs, parler de ses soucis intimes. C'est bien d'avoir une personne identifiée. C'est plus facile de passer la porte du centre lorsque c'est nécessaire. » Dans ces moments de vie, les infirmières scolaires ont un rôle décisif. D'ailleurs, un colloque réunira les infirmières scolaires du littoral à Calais en avril. « Nous sommes en première ligne. Il est parfois plus facile pour une jeune fille de se confier à une infirmière qu'à ses parents. Parfois, on peut être médiatrice. Et l'on rencontre parfois des situations de grande détresse ». Parfois, la grossesse est désirée, mais parfois ça n'est pas le cas. C'est sans doute la situation la plus délicate. « Je ne connais pas une femme, jeune ou pas, qui ait vécu un IVG avec facilité, cela laisse une terrible déchirure, tout au long de la vie. D'où l'importance de la prévention, », assure Sylvie De La Forge. Le cas est rare, mais il arrive.
Puberté, sexualité, sentiments : des questions qui font partie de la vie et qui pourtant ne sont pas innées. « Tout s'apprend. Lorsqu'ils voient qu'on en parle de façon concrète, sans tabou, en toute confiance, en toute confidentialité aussi, ça aide et même ça soulage les jeunes », observe Fabienne Degroote. « Et au final, les jeunes sont toujours très fleur bleue, filles comme garçons, tous rêvent de se promener main dans la main avec leur petit copain, d'être aimé tout simplement : nous sommes là pour que leur vie se passe le mieux possible. »
Florence PÉCRIAUX

Journal de Montreuil


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