Le Kent accueillera-t-il le nouvel aéroport géant de Londres ? C'est le débat actuellement en Angleterre, depuis que le maire de Londres, Boris Johnson, a relancé l'idée de la construction d'un quatrième aéroport londonien, pour désengorger les trois autres, et le Kent aurait les prédilections de l'édile controversé.
Car Boris Johnson veut voir sortir de terre d'ici 2030 ni plus ni moins que le plus grand aéroport du monde, pouvant accueillir deux fois plus de passagers qu'Heathrow, actuellement quatrième aéroport mondial.
Et le projet d'études a été confié au célèbre architecte Norman Foster, qui construit actuellement à Bombay en Inde la plus haute tour du monde (720 mètres d'altitude) et qui a à son actif le viaduc de Millau ou encore le dôme du Reichtag à Berlin. Cet aéroport géant qui devrait selon lui « améliorer la qualité de vie des Londoniens » en réduisant la pollution sur Londres et en améliorant la sécurité.
Cette nouvelle infrastructure permettrait de soulager les 245 000 Londoniens qui souffrent du bruit autour de l'aéroport d'Heathrow. Les promoteurs de ce projet, évalué à 50 milliards de livres (soit 57 milliards d'euros), estiment également que cela boosterait l'économie locale et créerait de nombreux emplois. L'aéroport miserait également sur un plan de protection des inondations et l'utilisation de l'énergie produite par les marées pour alimenter cet aéroport de quatre pistes. Boris Johnson pointe, de son côté, l'atrophie de l'économie londonienne en raison de l'engorgement d'Heathrow.
Si ce projet voit le jour, les avions décolleront et atterriront 24 heures sur 24 sur... la mer. C'est en effet une île qui a été retenue, dans la péninsule de Hoo, dans le Kent, riche en réserves naturelles et en oiseaux. Boris Johnson prend comme modèle l'aéroport de Hong-Kong construit en quatre ans sur une île et qui était il y a dix ans le plus grand aéroport du monde conçu par... Norman Foster. Un premier projet similaire de créer un aéroport sur une île artificiel dans l'estuaire de la Tamise avait vu le jour il y a quelques années.
Les élus locaux et les associations environnementales sont montés au créneau : pour eux, ce projet est « un désastre pour le Kent et pour l'environnement ». Avec moins de 2 000 habitants, l'île de Grain, très marécageuse, est réputée pour ses oiseaux. Elle est l'habitat de nombreuses espèces. Le sud de l'île est très industriel avec notamment une raffinerie de pétrole, une centrale électrique brûlant du grain et du pétrole, le troisième port conteneur d'Angleterre et le plus grand terminal de gaz naturel en Europe.
Pour les élus du Kent, il faudrait avant tout s'occuper à développer, par exemple, l'aéroport de Birmingham, en voie d'agrandissement, au nord de Londres, qui ne serait utilisé qu'à 30 % de ses capacités, et où une nouvelle ligne à grande vitesse doit voir le jour. Mais il est trois fois plus loin de Londres que la presqu'île de Hoo, située à l'entrée de l'estuaire de la Tamise, et à seulement 60 kilomètres de la capitale britannique.
Pour Rodney Chambers, représentant de l'autorité locale de l'île de Grain, le projet de Lord Foster est « probablement le plus farfelu de la longue liste de châteaux en Espagne, que les différents édiles ont souvent mis en avant ». Il est évident que « les avions et les énormes conteneurs de gaz forment un mélange potentiellement mortel pour les habitants. » Pour d'autres élus, c'est « un projet inabordable et inutile que plusieurs géants de l'aviation ont d'ores et déjà fait savoir qu'ils ne supportaient pas ». Selon John Olsen, l'ancien directeur de Cathay Pacific, estime ainsi que « l'endroit choisi est totalement inapproprié avec des habitants à côté et le problème des oiseaux sauvages. Cette proposition appartient au royaume du rêve et de la fantaisie. » Pour la société royale de protection des oiseaux, ce n'est ni plus ni moins que du « vandalisme environnemental ». Les avions auraient ainsi douze fois plus de chances de heurter des oiseaux au décollage ou à l'atterrissage.
Mais cette vague de protestation n'arrête pas Boris Johnson, qui n'a aucune autorité, rappelle le Kent council, pour décider de la construction d'un tel équipement. C'est pourquoi le maire de Londres a décidé d'aller plaider sa cause auprès du chancelier de l'Échiquier, George Osborne, afin de parler financement. Une enquête est en cours et les premiers résultats devraient être dévoilés dans le courant du mois de septembre.
Claire DUHAR
Journal de Montreuil
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