• Réduire la taille de la police
  • Agrandir la taille de la police
  • Recommandez cet article
  • Imprimer l'article

Département

Les opinions que défendent nos députés

École primaire : faut-il modifier les rythmes scolaires ?

jeudi 30.06.2011, 14:00
Pour Michel Lefait, en finir avec la semaine des quatre jours relève de l'« intérêt des élèves qui subissent des journées délirantes». Pour Michel Lefait, en finir avec la semaine des quatre jours relève de l'« intérêt des élèves qui subissent des journées délirantes».

Faut-il réintroduire l'école le mercredi ou le samedi dans les écoles primaires, et réduire la durée des vacances scolaires ?

Michel Lefait, député P.

S. de Saint-Omer, dit OUI. 

« Mais la réponse à une question aussi complexe appelle nuances et précisions.

« Il est tout d'abord urgent de corriger les défauts de la catastrophique réforme Darcos de 2008, à commencer par la semaine de quatre jours. Les préconisations du comité de pilotage sur les rythmes scolaires connues à ce jour sont intéressantes. Remplacer en primaire la semaine de quatre jours par au moins neuf demi-journées, dont l'une le mercredi ou le samedi matin, au choix des instances locales, me paraît relever de l'équilibre, du bon sens, et du simple intérêt des élèves qui subissent des journées délirantes.

« Passer les vacances de Toussaint à deux semaines et ramener celles de printemps à dix jours aurait le mérite de mieux répartir les périodes de travail et de repos. Enfin, raccourcir modérément la durée des vacances d'été en contrepartie de ces modifications n'aurait rien d'incongru ni de scandaleux.

« Il est bon de se souvenir que l'exceptionnelle longueur des vacances d'été n'a pas été choisie à l'origine en fonction de l'intérêt de l'enfant, ni même de son rythme biologique. Les pères fondateurs de l'école de la République ont simplement tenu compte de la réalité sociale et économique de la France rurale de l'époque et de la nécessité de laisser aux parents la possibilité de se faire aider aux travaux des champs par leurs enfants.

« Si aujourd'hui ces améliorations des rythmes et des temps scolaires peuvent apporter un mieux, elles ne doivent pas faire oublier — ce que le tourbillon des réformes gouvernementales régressives tente de faire — que la politique menée en matière d'éducation par le pouvoir sarkoziste depuis 2007 est en train de ruiner l'avenir de nos enfants et compromettre le redressement du pays. Avec une obstination idéologique et doctrinaire, et sous couvert d'économies budgétaires, la majorité U.M.P.-Nouveau Centre est gaillardement à la manoeuvre dans la plus grande entreprise de démolition de l'Éducation nationale que la France ait connue. Plus de 50 000 postes d'enseignants supprimés en quatre ans, autant de prévus d'ici à 2013, casse de l'école maternelle la plus performante d'Europe, disparition des réseaux d'aide aux élèves en difficulté : voilà quelques-uns des instruments qui auront bientôt fait de notre école élémentaire une école du tri, une école à deux vitesses.

« Je le disais récemment dans une interpellation du ministre qui ne pouvait le nier. À chaque fois que nous dénoncions cette politique suicidaire de suppressions d'emploi, le seul argument du pouvoir était « de ne savoir que réclamer toujours plus de moyens pour former notre jeunesse » alors que les résultats n'étaient pas au rendez-vous. Sauf qu'une note de synthèse d'un organe gouvernemental, le Conseil d'analyse stratégique, vient de démontrer que, de tous les pays de l'O.C.D.E., la France est celui qui dépense le moins pour encadrer et instruire ses élèves du primaire. Soit, 6 enseignants pour  100 élèves dans notre pays, contre plus de 8 au Portugal ou en Italie par exemple. Ce qui n'empêchera pas le gouvernement de continuer à ne pas remplacer un départ en retraite d'instituteur sur deux malgré de récentes déclarations présidentielles à but électoraliste.

« Si je crois que certaines réformes de structures comme la durée de la semaine et de l'année scolaire peuvent être utiles (à condition cependant de ne pas en changer tous les 3 ans), je dis à l'État UMP que, pour la réussite de nos enfants et l'avenir de la nation, il serait bien inspiré de réserver désormais ses coups de rabot aux niches fiscales plutôt qu'au budget de l'Éducation nationale. »

André Flajolet, député U.M.P. de Béthune, dit OUI.

« Sur le principe, il serait très utile d'utiliser le temps scolaire du mercredi ou du samedi pour permettre l'intensification du travail individualisé en vue d'aider les jeunes en difficulté et de favoriser l'excellence pour les meilleurs. J'appellerais cela les demi-journées d'excellence et de solidarité des savoirs, y compris parfois dans des ateliers de parentalité.

« En effet, depuis des années les mots d'ordre politico-syndicaux tentent de cacher les maux du système éducatif, et l'essentiel de la bataille du Parti socialiste contre le gouvernement s'est cristallisé sur le problème des fermetures de classes, fermetures qui ont trois raisons principales : la diminution localisée de la démographie scolaire, la prise en compte des effectifs réels à trois ans, l'accélération des regroupements pour un effectif minimum dans les classes.

« Le problème central devant lequel se trouve l'institution scolaire reste concentré sur les conséquences du collège unique mis en place en 1975 (loi Haby) en vue d'un enseignement identique (que certains ont espéré égalitaire) afin d'élargir et de démocratiser l'accès à l'éducation.

« Le constat d'aujourd'hui s'articule autour de quatre évidences que seul l'aveuglement idéologique ne permet pas d'identifier et que le Parti socialiste conteste contre toutes les évidences au nom de ses certitudes :

« 1.Les efforts fournis pour proposer le même enseignement, au même rythme et à tous les élèves, ont fait long feu. L'échec est assez massif : violences, décrochages, absentéisme...

« 2.L'idée d'égalité de tous les enfants face à un accès identique au savoir est un principe fondé en droit mais interprété de façon totalement abusive et négative dans la réalité.

« 3. La priorité faite, dite et hiérarchisée en faveur de l'intelligence théorique a intellectuellement et socialement dévalorisé l'intelligence pratique et ses circuits d'apprentissage et d'excellence.

« 4.La déstructuration-restructuration culturelle et sociétale a vu le corps professoral vivre de plus en plus mal au sein d'un système immobile et de plus en plus éloigné des réalités.

« La réforme de l'école primaire devra inventer des principes de continuité individualisée avec le collège et la réforme du lycée. Plusieurs perspectives basées sur les réalités sociétales et culturelles, sur le bon sens et l'exigence citoyenne doivent être mises en avant.

« D'abord parce que l'élève est un être en devenir au coeur d'évolutions personnelles, familiales, sociales, le système scolaire doit être marqué par l'adaptabilité aux réalités. Ainsi, les acquis fondamentaux doivent être imaginés sur une période de deux ou trois ans car il y a une forte disparité de la maîtrise des acquis de base. Ainsi nous devons inventer et repenser l'aide aux élèves de façon transversale et interdisciplinaire. Nous devons mettre en place des outils de valorisation du socle commun pour 100 % des élèves et permettre à chacun de mener à bien ses capacités personnelles. Les mercredis et samedis peuvent être très utiles.

« Ensuite, il faut donner toute sa place et sa dimension éducative à l'alternance : 600 000 jeunes, c'est insuffisant pour nourrir le plein-emploi, c'est-à-dire pour réduire l'exclusion, l'assistanat et le sentiment douloureux de l'échec.

« Enfin, il faut en finir avec le modèle unique qui met au rebut de plus en plus de jeunes, qui brise des carrières possibles et épanouissantes, parce que ces dernières seraient facteurs d'intégration et de vie active. Le collège unique et son cortège d'errements ont sacrifié une partie de notre savoir-faire artisanal et industriel sur l'autel d'une forme d'élitisme en totale contradiction avec les réalités sociales. Il n'est plus acceptable que les jeunes ne puissent accéder grâce à l'enseignement à leur part de réussite et d'avenir. Il n'est plus non plus acceptable de garder un système qui a largement fait preuve de ses échecs en produisant autant d'exclusion. Les mercredis, samedis et certains jours de vacances sont constitutifs de l'école de demain.

« En tant qu'homme et citoyen, je crois urgent de dénoncer cette fabrique qui donne aussi peu d'excellence, malgré un corps professoral souvent dévoué mais aussi désarmé. De dénoncer les partisans du maintien du système au nom de vieilles lunes idéologiques en faillite mondiale. D'en appeler au respect de chaque jeune dans ses talents naissants, différents et complémentaires au sein de la société française. »



Journal de Montreuil



Vos réactions

Pour réagir à cet article :

  • introduisez votre nom d'utilisateur
  • rédigez votre commentaire
  • postez