Lundi midi, le déhalage de la Duchesse Anne était encore prévu pour le 11 janvier. Il semblerait qu'on se dirige désormais vers le vendredi 13 janvier.
C'est l'anémomètre qui indiquera si la Duchesse Anne peut partir. Ou pas. Mardi, les derniers gros préparatifs ont été bouclés... La métaphore est pertinente. Et c'est un marin qui la fait. « Bouger la Duchesse Anne, c'est bouger un plateau avec des verres en cristal remplis de champagne. » Cette manoeuvre délicate devrait avoir lieu vendredi 13 janvier. Le conditionnel s'impose tant cet épisode est lié aux aléas de dernière minute, mais surtout à la météo.
Les choses s'accélèrent Depuis mercredi, les choses se sont accélérées du côté de la vieille dame de fer. Le ponton L du bassin de la Marine a été vidé de ses bateaux, et déplacé. Le Princess Elizabeth qui doit aussi subir quelques travaux, le sera également. Ces deux opérations ont un seul but : laisser le champ libre dans le bassin de la Marine.
Mercredi 4 janvier, l'opération de retrait de neuf basses vergues et vergues de hunes, sur les quinze que compte la Duchesse, a débuté. Mardi 10 janvier, il en restait encore deux à ôter. Ces longues pièces horizontales ont été démontées car les vits-de-mulets (pièces permettant leur rotation) et sont dans un état tel qu'il est impossible de les bouger. Or, il était nécessaire d'affiner la silhouette du trois-mâts pour faciliter son passage dans le premier et plus étroit pertuis, celui de la Marine. Le démontage et la réfection du dormant de la Duchesse Anne sont réalisés par Événements Voiles et Tradition/Étoile de France, une entreprise bretonne, avec l'aide du personnel de la Fédération régionale pour la culture et le patrimoine maritimes. Outre les Arno qui vont prendre en charge la Duchesse Anne durant trois mois, d'autres entreprises dunkerquoise, comme Karovert shipping, ont oeuvré à cette grande manoeuvre hors catégorie.
Dernières opérations Mardi matin, une ultime grosse opération a consisté à libérer le trois-mâts de ses chaînes et de ses corps morts. Le baliseur Hauts de France a travaillé, en lien avec des représentants des Arno sur le pont, à relever les chaînes et ces deux énormes blocs de béton qui pèsent cinq tonnes chacun. Plongés par 5,30 mètres de profondeur - un à l'avant et un à l'arrière -, ils permettaient de maintenir stable la Duchesse.
Des renforts de Boulogne Depuis des semaines, les services portuaires préparent la manoeuvre. Afin de prévenir tout incident, les conditions de son déhalage ont été rigoureuses étudiées. Mardi, en début d'après-midi, une réunion a rassemblé tous les protagonistes. C'est Pascal Pleuvret, chef du pilotage de la station dunkerquoise, qui sera le chef d'orchestre et qui sonnera l'heure du départ...
Pilotes à bord « On a, au préalable, demandé une expertise de stabilité, explique le marin, pilote depuis presque 12 ans. Nous avons aussi demandé, pour faciliter le parcours, que les neuf vergues les plus basses et les plus longues soient enlevées. » Depuis des semaines, le chef du pilotage prépare le trajet qui sépare la Duchesse de la forme 5. Le jour où la Duchesse Anne déménagera - vendredi donc si tous les voyants sont au vert -, elle sera escortée par le canot Jean-Bart II de la SNSM qui sera positionné à la remorque avant, et par le Boulonnais, un petit remorqueur qui retiendra le navire, à l'arrière. Quatre canots du lamanage, deux en amont du pertuis de la marine, et deux en aval, viendront épauler le Jean-Bart et le Boulonnais. Deux pilotes seront positionnés sur la Duchesse, un troisième sera sur le remorqueur pour s'assurer du bon travail de coordination.
« Le plus délicat, c'est le passage du pertuis de la Marine », explique Pascal Pleuvret qui cite deux chiffres : 11,90 et 15 mètres. Le premier est la largeur de la Duchesse, le second celle celle du pertuis qui sera protégé par des défenses de quai Yokohama de 1,20 mètre de diamètre. Ces grosses protections gonflables entourées par des rangées de pneus vont combler le profil "en escalier" du pertuis. « Plus on va avancer vers la forme, plus les pertuis sont larges... », souligne le chef du pilote qui guettera le vent le jour J. « Le vent ne doit pas dépasser 15 km/h... Les moyens d'aide à la manoeuvre sont, en puissance, inférieurs, à ce qu'il pouvait y avoir les autres années. » La fenêtre météo requise est de 2 h 30 minimum « à partir du moment où tout le monde est prêt et en place. » Attention au départ... Suzanne URGACZ
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