Vingt ans de réclusion criminelle assortie d'une peine de sûreté de douze ans, c'est ce à quoi a été condamné Frédéric Lagneau, reconnu coupable du meurtre de Céline Récolet, une lycéenne de 17 ans qui avait décidé de rompre avec lui.
Aucun regret. Aucune compassion. Juste un mot d'excuse envers les parents de Céline Récolet.
C'est tout. Si Frédéric Lagneau, l'ex-petit ami de la victime, ne nie pas les faits, il a continué de se retrancher derrière ses contradictions. Pas moins de douze versions différentes ont été relevées par l'avocat général, allant de la chute accidentelle de Céline à la strangulation de ses propres mains. Il dément toujours l'avoir mise dans l'eau, bien que le rapport d'autopsie indique clairement que la cause du décès est la noyade. « Elle est où la vérité ?, demande l'avocat général lors de son réquisitoire. Cette vérité envers laquelle vous êtes redevable, n'est-ce pas le droit des parents ? ».
Fabienne et Bernard Récolet, les parents de la victime, fondent en larmes. Ils veulent connaître la vérité, mais ils ne l'auront jamais. « Alors, alors ? », demande la maman. Frédéric Lagneau, lui, se contente de baisser la tête.
C'est à partir des conclusions des experts et des médecins légistes qu'il faut se baser. « Elles doivent être le fil conducteur du jugement et de la peine, explique l'avocat général aux jurés. Céline est morte par noyade suite à une strangulation partielle. Mais prenez bien en compte qu'au fil des interrogatoires, Frédéric Lagneau n'a pensé qu'à une chose : sauver sa peau. » Le matin du mercredi 6 mai 2009, Frédéric Lagneau était à Angres, près du domicile de la famille Récolet : les bornes téléphoniques activées par sa ligne mobile le confirment. Il voulait voir Céline pour tenter de la reconquérir. « Elle avait peur, témoigne une de ses amies à la barre. Il restait jour et nuit devant chez elle. Je l'ai vu, il lui a même écrit : "Tu es à moi, tu resteras à moi. Tu comprendras." »
Elle lui a dit non Mais Céline lui dit non. Elle refuse de retourner avec lui et lui fait savoir. Céline lui avait déjà envoyé un SMS : « Mes sentiments ne sont plus pareils, je préfère être franche. On ne se voit plus, je préfère qu'on arrête là. » Mais lorsque Frédéric et Céline se retrouvent au parc Rollencourt au matin du 6 mai 2009, la discussion tourne court. Après que Céline lui a fait part de son intention d'arrêter, Frédéric Lagneau refuse d'accepter. Céline le menace de porter plainte s'il se montre violent. Il l'étrangle « jusqu'à ne plus avoir de force ». La scène dure entre quarante secondes et une minute. Ce qui ne colle pas avec les conclusions des légistes, c'est que Céline est morte de noyade. Or, l'accusé répétera tout au long de l'audience : « Je ne l'ai pas mise à l'eau, c'est certain. »
« Elle vous a sûrement aimée » Pour la partie civile, représentée par Maître Bleitrach, le crime passionnel ne peut être une excuse à ce geste « qui a tué plusieurs personnes, surtout les parents ». « Vous êtes incapable de donner la vérité. Vous l'étranglez pendant de longues secondes, les yeux dans les yeux, vous appelez ça un crime passionnel ?, lance l'avocate aux jurés. Il construit ensuite ses alibis avec la disparition du téléphone de Céline, de son écharpe, il téléphone même aux parents de Céline en promettant de retrouver l'assassin. Ce n'est pas par amour qu'il l'a tué, mais par peur, par crainte. Elle l'a sûrement aimée, vous savez. » Frédéric Lagneau n'esquisse toujours pas un regard. La tête est baissée lorsque son avocate le défend : « Même si cela fait quinze ans que je porte ma robe, je ne vais pas vous demander d'épargner mon client. Je ne veux pas l'excuser, mais comprendre ce qui s'est passé. S'il avait eu une autre vie familiale, ce drame ne se serait pas produit ». Maître Bourgois-Vandaele insiste sur la situation de Frédéric Lagneau. Lui qui a vécu avec une mère hyperprotectrice, qui lui a donné le biberon jusqu'à 11 ans et qui ne lui a jamais rien refusé. « Il ne s'est pas montré insistant pour la tuer, mais pour lui faire changer d'avis, tempère la défense. Céline s'est rendue dans la voiture de mon client, on ne l'a pas forcée. Oui, Frédéric Lagneau a tué Céline, je ne dis pas le contraire. Mais dans quelles circonstances ? Avec tout ce qu'il a vécu, pouvait-il l'aimer de façon normale ? L'amour de sa mère était excessif, fusionnel, maladif... Frédéric Lagneau n'a pas accepté qu'on lui dise non, ni qu'on le quitte. » Il est aujourd'hui condamné à vingt ans de réclusion criminelle, assortie d'une peine de sûreté de douze ans, d'une peine complémentaire de cinq ans de suivi socio-judiciaire avec injonction de soins, pouvant être prolongée de trois ans si le détenu venait à ne pas respecter cette obligation.
A. J.
« Il l'étrangle les yeux dans les yeux, vous appelez ça un crime passionnel ? »
Maître Bleitrach
Journal de Montreuil
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