Qui n'a jamais marché sur ces grandes plaques d'acier ou de tôles posées, là, sous les arcades de la place des Héros ou de la Grand'Place ? Qui n'est jamais tombé, aussi ? Ces plaques, c'est l'histoire d'Arras.
Elles mènent dans les fameuses caves que l'on peut trouver sous les maisons des places d'Arras. Des caves qui ont toute une histoire, tout comme leur porte d'entrée que l'on appelle les burgets.
Si, sur la Grand'Place, on peut encore trouver des burgets authentiques, sur la petite place, en grande majorité, les entrées des caves sont devenues très inesthétiques. Avec les travaux de restauration de la place, il aurait été dommage d'oublier les burgets... Alors certains s'en sont chargés.
Dans les locaux de l'office de tourisme, au beffroi, ils sont plutôt fiers de leur coup. Il faut dire que cette idée mûrit maintenant depuis une bonne dizaine d'années.
Tout a commencé au quai de la Batterie avec Luc Brévart. En 1998, il invite une artiste américaine, New-yorkaise, Michele Brody. « Elle est connue dans le milieu du land art. Dans le cadre de sa résidence, nous lui avions demandé de s'intéresser à notre territoire », se souvient Luc Brévart.
Michele Brody choisira les burgets. Quelque temps auparavant, elle avait travaillé avec la ville de New York pour redessiner l'ensemble des plaques d'égouts de la ville.
Six dessins,
six maisons À Arras, l'artiste va rencontrer Michel Tillie, qui a fait de nombreuses recherches sur les burgets. Ensemble, ils vont s'attacher à l'histoire de six maisons des deux places. Après quelques mois de travail, Michele Brody proposera six plaques à apposer sur les burgets de ces six maisons. « Une exposition a été réalisée à l'hôtel de Guînes. À l'époque, on espérait que ces oeuvres donneraient des idées aux propriétaires pour refaire les burgets justement », poursuit Luc Brévart.
Et puis rien... Finalement, il aura fallu attendre près de douze ans pour que les dessins de Michele Brody ressortent des cartons.
Jean-Marie Prestaux et Laurence Mortier ont été contactés il y a dix-huit mois par les services techniques de la ville, concernant les fameux burgets. Et la mécanique s'est enclenchée à nouveau. Heureux de voir que le projet pouvait aboutir, Michel Tillie a, une nouvelle fois, fait partager ses connaissances et a aidé la ville dans ses recherches. « Ces caves, burgets, c'est avant tout un lieu d'activité. Sur la Grand'Place, c'était des écuries pour les chevaux.
Place des Héros, c'était souvent des commerces », raconte-t-il.
Des volutes Sur les six dessins de Michele Brody, un seul a été retenu, où l'on voit des volutes qui rappellent, les façades des maisons. Il a servi de modèle à la réalisation de nouvelles plaques qui serviront à fermer les burgets des maisons de la petite place. En tout, il y aura quarante plaques. Les choses ne se sont pas arrêtées là. Chaque plaque correspond à une maison, puisqu'y a aussi été apposée une date. « Là aussi, c'est Michel Tillie qui a fait des recherches et recoupé des informations. Les dates correspondent, bien souvent, à une année où la maison a été reconstruite ou bien lorsqu'elle a subi une grande transformation, précise Laurence Mortier de l'office de tourisme. Ce seront des dates du 17e ou du 18e siècle en grande majorité. L'époque où les maisons ont pris l'allure qu'elles ont encore à ce jour ».
Dans les semaines à venir, ces plaques, sans aucun décroché ou encoche, devraient remplacer les vieilles plaques immondes de la place des Héros. Chaque commerçant possédera une clé pour pouvoir les ouvrir et ainsi éviter à un passant de se prendre les pieds dedans.
Après les travaux de la place des Héros, elles devraient, bien sûr, être inaugurées, peut-être en présence de l'artiste New-yorkaise. Luc Brévart y travaille.
Cécile STOQUERT
Journal de Montreuil
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