Le centre de développement des éco-entreprises basé à Loos-en-Gohelle vient de décrocher le label "pôle de compétitivité". A la clef : des ambitions renforcées pour trouver de nouvelles solutions à tous les défis que pose le recyclage des déchets
Il faut arrêter de considérer les déchets comme une fatalité : ils sont une ressource. La formule est signée de Bernard Poissonnier, directeur général de l'entreprise Baudelet Environnement, basée à Blaringhem, qui emploie 250 personnes dans différentes activités de recyclage et valorisation des déchets de toutes sortes.
Une formule que l'industriel n'avait pas oublié de transmettre au ministre de l'Industrie, Christian Estrosi lorsque ce dernier avait visité son entreprise, il y a peu.
Aux côtés de M. Poissonnier, jeudi dernier à Loos-en-Gohelle, sur la base du 11/19, d'autres industriels, tel le représentant pour le Nord - Pas-de-Calais de la Sita (filiale de Suez Environnement). Tout ce beau monde est venu partager son enthousiasme, suite à la labellisation du CD2E (Centre de développement des éco-entreprises), basé au coeur du bassin minier depuis 2002. Cette labellisation est synonyme de moyens et en tout cas d'ambitions renforcées pour trouver des solutions techniques, financières et même administratives à tous les problèmes que pose le recyclage. Le TEAM², pôle de Technologies de l'environnement appliquées aux matières et matériaux, a pour vocation de faire travailler en commun les chercheurs (grandes écoles, universités), les laboratoires et les entreprises qui mènent, parfois seules dans leur partie, des programmes de recherche et développement.
Les enjeux liés au traitement de nos déchets (qu'ils soient agricoles, ménagers ou industriels) sont énormes, en France mais tout particulièrement dans notre région, qui se trouve face à des "gisements" colossaux. En raison de notre passé industriel et minier, en raison de notre densité de population. Des paramètres que Christian Traisnel, le directeur du CD2E a rappelés, soulignant la nécessité de poursuivre ces efforts communs de recherche. Des emplois sont à la clef, de l'activité, mais aussi la maîtrise de l'impact des humains sur la planète. Écologie rime plus que jamais avec économie (au double sens de business et de diminution des coûts).
Matières premières secondaires Dépollution de sols, recyclage des vieux ordinateurs et des appareils électroménagers, nouvelle vie pour les bouteilles en plastique, réutilisation du verre dans le bâtiment ou l'automobile, production de remblais pour les routes à partir de boues des stations d'épuration : des procédés existent mais ils doivent et peuvent encore être développés. Les industriels parviennent à extraire des déchets de nouvelles matières premières, alors dites secondaires.
Nombre d'intervenants, jeudi, ont noté le retard de la France sur tous ces sujets liés aux énergies alternatives et aux filières des déchets. « Pourquoi dans le nord de l'Allemagne par exemple y a-t-il des systèmes de méthanisation dans toutes les fermes, des champs de panneaux solaires et des toits photovoltaïques partout, s'agace Bernard Poissonnier. Pourquoi le kw/h est-il revendu 14 centimes en France, 33 en Hollande et 44 en Allemagne ? On ne peut pas dire que les pouvoirs publics nous encouragent ! Je ne me suis pas privé pour le dire au ministre Estrosi... » Sans parler des contraintes légales hexagonales qui ont du mal à évoluer et persistent à appeler "déchets" des matières dont la valorisation pourrait aller beaucoup plus loin.
ANNE DESPAGNE
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