Le 28 février 2010, vers 15 heures 30, les gendarmes d'Écuires se déplacent au domicile de Francis C*., âgé de, à Aubin Saint Vaast, car le couple est une énième fois en train de se quereller.
La situation familiale est effectivement compliquée. Certains enfants de la fratrie sont suivis par le juge des enfants, et à ce titre forcés de rencontrer un psychologue, idée que le prévenu supporte mal et conteste même.
Face au désaccord du père, une scène de ménage prend naissance. L'un des aînés, un garçon né en 1995 ; aux fins de protéger ses frères et soeurs, les fait monter à l'étage de la maisonnée. Il demande à son père de se calmer, « pour les petits, au moins ».
Attrapé au cou Lui redescend. Il est alors attrapé au cou par celui qui est en fait son beau-père. Ce dernier lui inflige un coup de poing à la mâchoire.
L'enfant est insulté. Sa mère s'interpose et griffe son compagnon pour que ça cesse. Les gendarmes arrivent. C'est madame qui leur ouvre. L'homme est connu pour être violent. Il lui est arrivé de jeter des objets sur madame, de l'atteindre et de la blesser (une livre de beurre congelé alors que madame était enceinte). Pour ces faits, le prévenu a écopé d'un sursis avec mise à l'épreuve en 2007, une mesure de probation non respectée qui l'a emmené en détention en février 2010. L'homme est récemment sorti de prison.
L'enfant le dit lui-même, celui qu'il considère comme -son père-, fait des différences entre eux et les enfants issus de son union avec sa mère : « Avant, j'avais peur, mais maintenant, je ne me laisse plus faire... quand il m'a saisi au cou, je lui ai donné un coup de pied. Mais je ne veux pas être placé. Je veux rester avec ma mère et mes frères et soeurs. J'ai été placé quand j'avais 13 ans, et je ne veux pas que ça recommence ».
Placé en garde à vue, le prévenu va minimiser les faits : « Ils se sont mis à deux sur moi. En me défendant, les coups sont partis. Il est parti dans la chambre de ma fille. Je l'ai attrapé pat le cou pour le défendre, car ma fille avait des ciseaux dans les mains, et voulait lui faire mal... ».
Face à des difficultés financières, car madame a trop dépensé pendant une période (elle trouvait alors normal que son mari la frappe !), l'homme s'agaçait et buvait : « J'avais mis de l'argent de côté sur un compte pour acheter une voiture. Et il n'y avait plus rien. J'ai appris par la suite que l'aîné de madame le rackettait... ».
Madame et son fils ont par ailleurs retiré leur plainte, « comme si rien ne s'était passé ».
« La vérité, ce qu'a dit l'enfant » À l'audience, l'homme a avancé, et le tribunal n'en est pas mécontent : « La vérité, c'est-ce qu'a dit l'enfant. Maintenant, à la maison, ça va mieux.
J'étais au bout du rouleau à l'époque. Je regrette car cet enfant n'y était pour rien... je suis allé en prison et j'ai appris beaucoup de choses. J'ai réfléchi et j'ai vu un spécialiste ».
Le président reprend : « Vous savez que ce sont 500 femmes qui décèdent par an sous les coups de leur mari ou compagnon, soit plus d'une femme par jour ».
Au tour de l'enfant de s'avancer : « Pour moi, c'est oublié. C'est comme mon père et je l'aime. Il m'a élevé. Tout le monde doit être bien à la maison. On peut aussi comprendre que par moments, il ne soit pas bien dans sa peau... ». « Certes, rétorque le président. Mais ce jour-là, c'est vous qui avez été le plus raisonnable. Vous n'avez aucun reproche à vous faire. Vous avez été courageux. Vous avez protégé les autres d'une certaine folie du couple ».
« Que de disproportion entre la violence d'un père et la maturité de cet adolescent, souligne la substitute. Ça aurait pu être pire encore... ». Elle requiert 24 mois de prison dont 18 mois avec sursis st mise à l'épreuve.
« Mon client est coupé de sa famille toute la semaine pour travailler, dit-on en défense. Madame gérait seule le foyer. À un moment, le couple a été dépassé. Dans cette famille, tout le monde a avancé. Ils ont ensemble trouvé des solutions et s'engage même vers une thérapie de couple ».
Francis C. écope de 24 mois de prison dont 21 mois avec sursis et mise à l'épreuve de 2 ans.
Brigitte GOURRET
* L'identité du prévenu a été préservée au regard de la minorité de sa victime, toujours présent au foyer familial.
Journal de Montreuil