Le 1er juin 2010, à Berck-sur-Mer, la compagne de Joël Deparis s'est finalement décidée à déposer plainte pour des faits de violences volontaires.
Et ça a duré avant qu'elle ne réagisse.
C'est son aide à domicile qui se rend compte de la difficulté. Elle assiste cette dame, placée sous curatelle renforcée, et ce jour-là, sa protégée a du mal à respirer. Elle pleure. La curatrice de l'ADAE est prévenue aussitôt.
Le dos piétiné La dame a reçu des coups de pied dans les côtes, son dos a été piétiné, les douleurs sont prégnantes. Elle vit avec le prévenu depuis 19 ans, et a eu quatre enfants avec lui, tous placés. L'homme aurait recommencé à être violent fin mai 2010. Il rentre du travail, va jouer au billard, boit, rentre et s'énerve après cette femme qu'il ne supporte plus, mais qu'il ne veut pas quitter, qu'il dit d'ailleurs ne pas pouvoir quitter.
En comparution immédiate, pour se trouver en état de récidive légale, le prévenu donne une version édulcorée de la situation : « Je suis rentré et elle m'a insulté, comme toujours. Elle ne veut jamais que je sorte. Moi, je ne peux pas rester enfermé. Elle me provoque. Elle boit aussi et elle dort en bas, pour boire de l'alcool la nuit aussi. Elle crie pour faire croire aux voisins que je lui fais des choses atroces ».
Le copain du prévenu, qui passe beaucoup de temps chez le couple, accuse quand même : « Ce soir-là, il a fait descendre sa femme qui dormait. Il l'a poussée dans les escaliers. Il l'a frappée. Il lui marchait dessus, en se tenant à la rampe d'escalier. Je suis parti mais je lui ai dit avant d'arrêter ça, car il allait la tuer... ».
Décrit comme alcoolique et violent, ceux qui côtoient le prévenu semblent avoir peur de lui et des représailles.
Il faut dire que la procédure qui vaut au prévenu l'état de récidive légale avait fait perdre la vue partiellement à sa victime. Mais là encore, le prévenu parle « de cataracte, bien améliorée depuis les faits... je regrette, parce que j'ai toujours de l'estime pour elle. Il y a eu des disputes, des petites claques, de petites tapes, mais rien de plus... pas autant que ce qu'elle dit. Elle s'enferme dans les toilettes, à chaque fois, et je me demande pourquoi ? Elle fait tout pour que je retourne en prison ».
Le président interroge : « Monsieur, il faudrait savoir, ou elle vous agace et vous énerve, soit vous l'appréciez. À chaque procédure, c'est la même rengaine. C'est toujours les mêmes discours, totalement opposés. Pourquoi rester ensemble ? La relation est destructrice, mais vous vous séparez, et vous vous remettez ensemble, à chaque fois... et ça finit à chaque fois au tribunal ».
« Peur d'être seule » La victime a fait l'effort de venir à la barre, « tétanisée, paniquée, angoissée », elle est presque incapable de parler : « En fait, j'ai peur de me retrouver seule car je ne vois pas clair. Il a le mérite d'être là quand même... ». Manifestement, madame est -accro- à cet homme, même si rien ne va jamais avec lui. Elle ne sait pas s'en passer. En détention, elle lui écrit et l'a accueilli à sa sortie de maison d'arrêt.
« Que dire ? pour l'avocate de la victime. Pourquoi se retrouver ici 3 ans après ? Un jour, on ira à l'enterrement. Il ne faut pas inverser les rôles. C'est ma cliente la victime, et pas vous, monsieur. Ce cercle vicieux doit être cassé. Pourtant, l'un ne vit pas sans l'autre. Le tribunal doit les aider à se séparer ».
« Ce couple évolue au travers de la violence, une violence ancrée, souligne la substitute. C'est le mode de fonctionnement de ce couple. La violence devient normale et banale. Le signalement est venu de l'extérieur. Elle a peur des représailles, cette dame. Lui, il a déjà connu la détention provisoire, le tribunal... il est sorti et n'a rien compris, n'a rien analysé. Il faut avancer et protéger madame ». Elle requiert 18 mois de prison ferme.
« Ce couple boit, ce n'est pas nié de chacun des côtés de la barre, plaide Me Hamani, en défense. Oui, mon client a porté des coups. Mais il est fragile et fragilisé. On est ici pour comprendre leur mode de fonctionnement. Les détails ont leur importance. Le couple est assisté mais la prise en charge est insuffisante. La solution, ce n'est pas la prison... ».
Joël Deparis écope de 18 mois de prison dont 6 mois avec sursis et mise à l'épreuve de 2 ans. Il est maintenu en détention. La mise à épreuve du 5 juin 2008 est révoquée à hauteur de 10 mois. La victime reçoit 1 000 euros de dommages et intérêts. À sa sortie, le condamné ne devra pas revoir madame, et ne pas rejoindre son domicile, au 277 de la rue de l'Impératrice. Il devra donc trouver un autre logement.
Brigitte GOURRET
Journal de Montreuil
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