En avril 2009, la maman d'une jeune fille, née en septembre 1994, et qui réside au Mans, dépose plainte. En effet, sa fille passe une large partie de son temps sur MSN et Internet.
Le problème, c'est qu'on y trouve -des prédateurs-. En effet, Christophe Brai, n'hésite pas à trafiquer son identité et son âge. Internaute, il se nomme -Destructor 21-45 - ou encore Dompteur 21-21 - . Et sous ces pseudos, il fait des propositions que la morale et la loi interdisent.
Au-delà, il réussit à obtenir les coordonnées téléphoniques du portable de sa victime et multiplie les envois de SMS, « une littérature là encore toute particulière ».
Après avoir procédé aux réquisitions chez l'opérateur, le Parquet du Mans se dessaisit au profit de celui de Boulogne-sur-Mer. Entendu, le prévenu reconnaît les faits: « Je conversais avec cette jeune fille. Je n'avais pas l'intention de lui faire du mal. C'était des bêtises pour rigoler. Je suis handicapé et c'est ma seule distraction ». C'est vrai, c'est en fauteuil roulant que le prévenu se présente au tribunal.
Au-delà, le disque dur de l'ordinateur du prévenu est exploré et les enquêteurs y découvrent bon nombre d'images et vidéos pédo pornographiques. À cela, le prévenu n'a pas d'explication, ce qui inquiète d'autant plus le tribunal, « car vous semblez omnibulé par les viols. C'est quoi cette fascination. Vous vous voyez dans la peau d'un violeur? C'est attirant? Magique? Et puis il y a cette attirance aussi pour la sado masochisme, le bandage ? Pourquoi se considérer tel un dompteur? Pourquoi les menacer si vous n'obtenez pas gain de cause? Ca risque forcément de mal finir. Vous partez dans le mur ».
« Je n'ai jamais eu de relation sexuelle, remarque le prévenu. Excepté un flirt avec une jeune fille et une jeune femme qui, quand elle a découvert que j'étais handicapé, est partie en me disant -Merci. Au revoir- . J'ai fait le con sur Internet... », un délit qui lui fait encourir une peine de 2 ans de prison ferme et une amende de 30 000 euros.
Atteint d'une maladie depuis sa naissance, il rencontre des difficultés à la marche, sauf sur des distances raisonnables. Il n'est donc pas cloué en permanence au fauteuil.
Il a encore des choses à dire: « En fait, vu mon état, personne ne veut me parler. C'est plus facile de parler avec des adolescentes... ». C'est toutefois particulièrement malsain, même si à posteriori, le prévenu dit avoir mal agi et se rendre compte de la situation.
A cette heure, le prévenu souhaite trouver une petite amie. Il veut travailler en plein air. Il sort peu de chez lui, joue à la console... « J'ai consulté le dossier, et j'ai eu la nausée, souligne Me Ritaine, pour la petite victime. Ces photos et ce comportement sont abjects et détestables. Le prévenu est âgé de 28 ans, se fait passer pour un garçon de 15 ans!!! Il est rempli de fantasmes, de paroles crues...C'est une énigme, cet homme. Quand on voit le prévenu, on ne croit pas à sa dangerosité, mais derrière un écran, ce n'est pas la même chose. La victime est terrorisée, bouleversée, en pleurs... ».
« Internet, c'est plein de bonnes choses, souligne la substitute. Là, on est sur du moins bon. Le prévenu était mal intentionné. Il s'est ainsi crée un autre profil, une autre vie, parce qu'un handicap pourrit son quotidien. Mais le monde virtuel doit rester virtuel. Le prévenu a envie d'une vie normale.
Mais là, on est face à du fantasme dépassé, un comportement inquiétant. La franchise et la vérité, il n'y a rien de mieux ». Elle requiert 6 mois de prison avec sursis simple, outre un suivi socio-judiciaire.
« Qu'est-ce que je vais bien pouvoir vous dire, souligne Me Philippe Robert, en défense. Ce n'est pas beau, tout cela. Mais il y a sans doute des raisons.
Oui, on peut être inquiet, mais on le voit au tribunal, et nous voilà rassurés. La vie sociale est compliquée. On donne l'impression d'un nivellement en niant les différences jusqu'à l'absurde. C'est déjà du racisme que de nier les différences. Mon client est handicapé et voudrait une vie comme les autres.
La vie des autres pour lui, c'est un idéal. Les livres, les cassettes...personne n'en achète mais le marché explose. Alors?!!! La nature lui refuse des relations à autrui. Ça crée une certaine aigreur. Tant qu'on ne se fait pas arrêté, on continue. En sortant de cette audience, rien ne sera réglé. Il a joué un jeu de rôles pour avoir l'impression d'exister. Oui, un suivi est souhaitable car le tribunal ne possède pas les clefs pour régler le problème de mon client ».
Christophe Brai écope de 6 mois de prison avec sursis simple. Un suivi socio judiciaire lui est appliqué pendant 3 ans avec une peine fixée à une année ferme encourue en cas d'irrespect. La partie civile reçoit 1 483,90 euros. Les scellés, dont l'ordinateur, sont confisqués.
Brigite Gourret
Journal de Montreuil
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