Un jeune couple, parents d'une fillette de 30 mois, qui souffre d'une maladie orpheline... et dont le père ne supporte pas la séparation, à Rang-du-Fliers.
Le tribunal correctionnel n'est pas réducteur en exposant la situation ainsi. Et depuis janvier 2010, l'ex compagnon, qui plus est papa, est malheureux et multiplie les comportements déviants. Le problème, c'est qu'il a été condamné en janvier 2010 à de la mise à l'épreuve... et il a continué à s'obstiner et à contacter sa victime. Il lui téléphone, lui envoie des SMS, bloque son interphone, la suit, monte sur les toits à proximité de son habitation, l'injurie, et dégrade le véhicule de son ex beau-père, au nez de la police municipale à qui la potentielle victime a fait appel.
En comparution immédiate, l'homme semble « se voir tout refuser par madame. Je suis menacé, harcelé, moi aussi. Je ne vois ma fille que 45 minutes toutes les semaines. Je n'en peux plus et je ne sais plus quoi faire... je me suis soigné, mais j'ai perdu ma fille, et rien ne va plus à nouveau ».
« Comment avancer ainsi ? » La présidente lui fait remarquer : « Votre comportement, c'est du grand n'importe quoi. Si vous agissiez intelligemment pour votre fille, on pourrait comprendre. Mais vous envoyez des courriers d'amour à une enfant de 30 mois !!! Le contrôle judiciaire a été émaillé d'incidents, mais le juge vous a fait confiance. La mise à l'épreuve, n'en parlons pas, car ça vous amène ici en récidive légale. Vous adoptez une attitude débile et vous sciez la branche sur laquelle vous êtes assis... vous ne pouvez pas avancer ainsi ».
La victime est là aussi : « Au début, je le laissais voir l'enfant comme il le voulait. Mais il y a eu des violences, des menaces. Tout est devenu irrationnel. C'est devenu invivable. J'en ai ras-le-bol... ».
Perçu par l'expert, « comme vivant une dépression mélancoliforme, le prévenu présente une instabilité caractérielle, à vécu de persécution présentant un état dangereux au regard de la facilité du passage à l'acte... ».
Une victime lassée et réfractaire Me Dronval est là pour porter la parole d'une ex compagne, d'une mère, « victime avant tout. Depuis un an, c'est un calvaire. Elle est, à l'identique de son entourage, enquiquinée en permanence. Le prévenu a poursuivi, malgré une mise à l'épreuve, son attitude malveillante envers madame.
Madame est lassée à ce jour, à en devenir réfractaire. Les avocates respectives des parties ont incité madame à être souple et arrangeante. Il fallait effectivement tenir compte des impératifs professionnels de monsieur. Les avocates ont dialogué. Il fallait s'arranger, à tout prix. Mais le prévenu transforme tout en scandale. Il se place en qualité de victime. Madame est écoeurée et finit par procéder par écrit pour informer la famille de monsieur de l'évolution de la fillette. Ma cliente n'a donc rien à se reprocher. Mais elle ne récite que des soucis malgré ses efforts. On ne progresse pas. La situation est dangereuse pour tous. Cet homme doit être soigné. Les mesures de protection doivent être efficaces. Madame est aujourd'hui désespérée, et n'a même plus envie de se battre. Elle a même envie de se laisser faire, même si on attentait à sa vie ».
« Le prévenu a largement franchi les lignes rouges, souligne le substitut. Lors de sa première présentation devant le juge, il a bénéficié d'un placement sous contrôle judiciaire, ce qui est rare lors d'un premier déferrement. Les témoins étaient donc déjà tous au rouge. Il y a eu les avocats qui ont fait barrage aussi. Mais ça s'est aussi effondré. Le prévenu est dangereux car il est convaincu par son propre argumentaire. Il n'entend rien des messages extérieurs. Il est où le déclic ? Et pour quand ? ». Il requiert 10 mois de prison ferme.
« Un fonctionnement parallèle » « Je suis là davantage pour témoigner que pour plaider, souligne Me Roy-Nansion, en défense. Mon client est une cocotte minute. Il ne faut pas allumer le feu, sinon, tout le monde le sait, ça va péter. Mais comment on en arrive là ? Comment lui faire comprendre les choses ? Il fonctionne sur un mode parallèle, une logique de folie... c'est une logique qui lui appartient, à lui seul. Ce garçon ne ressemble plus à celui que j'ai connu. En début d'année, il était enthousiaste et était prêt à organiser les choses pour sa fille. Il est intelligent, mais malgré tout, les choses se passent mal. Une question est obsessionnelle, celle de sa fille. Il ne la voit pas assez, il veut la voir, il part dans tous les sens. Et les familles entrent dans cette ébullition. Il prend tout comme étant synonyme de provocation. Psychologiquement, il est fort loin. Rien ne l'atteint. Son premier mot envers moi, à cette audience, ce fut - je ne veux pas me défendre, je veux mourir -. Il est dangereux pour les autres et pour lui-même. Les soins sont urgents et la vérité est à mi-chemin entre les versions de la victime et les siennes. Dépossédé, il est frustré, et il va aller jusqu'où ? Je n'en sais rien. Il va en tout cas se passer des choses... ».
Il écope de 10 mois de prison ferme. La mise à l'épreuve du 27 janvier 2010 est révoquée à hauteur de 2 mois. Il est placé en détention. La victime reçoit 900 euros de dommages et intérêts, et son père la somme de 100 euros.
Brigitte GOURRET
Journal de Montreuil
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