Finalement, tout le monde la redoutait, cette assemblée générale extraordinaire. A commencer par le président, très contesté depuis quelques mois, et solidement accroché (trop accroché?) à ses convictions d'une part et au respect absolu des statuts d'autre part.
Mais aussi les joueurs dissidents, bloqués dans leur démarche d'opposition, mais intérieurement désireux de retrouver le chemin des terrains. Le comité, durement secoué et certainement moins uni qu'on le dit. Ils la redoutaient aussi, les joueurs « légitimistes » qui voulaient continuer envers et contre tout à poursuivre l'entraînement et le championnat avec l'autorité légitime pour ne pas casser le squelette du club.
Mais ils n'étaient certainement pas les seuls. Yannick Lalisse, entraîneur licencié, au centre du conflit qui l'oppose aux instances du club, a dû lui aussi passer quelques nuits blanches. Tout comme Cédric Ryssen, dont le projet a cristallisé les rancoeurs et les divergences et qui doit se demander s'il a bien fait de laisser le coach du TAC partir en première ligne de ce combat.
Mercredi, 18 h 45. Autour de la maison des associations, de petits groupes se forment, silencieux, complices et méfiants. Dans la salle, déjà du monde. Aux premiers rangs, quelques membres du comité, trois ou quatre éducateurs, des invités, et le président du district M. Flouret. Le président Porcher, un peu tendu, enchaîne les allers et retour entre le huissier commandité par ses soins pour consigner les propos et les dérives éventuelles, et les invités.
Presque dans un même flot, les joueurs entrent dans le fond de la salle.
« Alors les gars on ne dit plus bonjour? » Faussement détendu, Alain Porcher dégaine le premier. « On peut quand même se dire bonjour, même si on n'est pas d'accord! » . Silence dans les rangs. « On a dit bonsoir à tout le monde en entrant » lance un éducateur... Bonsoir l' ambiance...
A 19 h 10, Alain Porcher ouvre la séance et d'emblée il donne la parole à une mère qui reproche à Bertrand Pau d'avoir refusé sa fille à l'entraînement.
Explications des intéressés, personne ne comprend vraiment de quoi il s'agit. La maman quitte finalement la salle en colère.
Le président annonce l'ordre du jour et propose la cooptation de trois nouveaux membres au comité diecteur du TAC. La question n'intéresse pas grand monde, on sait que les esprits sont ailleurs.
Le président donne la parole à la salle. Bertrand Pau, éducateur, prend le micro, et résume la position des sessessionnistes. « Je vous demande de mettre en jeu votre légitimité » dit-il d'emblai au président. Il invoque le code civil. « La révocation du comité directeur est légitime ».
Alain Porcher reprend le micro, et refait l'historique de la rébélion. Il évoque la rencontre avec Cédric Ryssen, les propositions du comité directeur à l' investisseur d'intégrer le comité directeur, puis les doutes sur le contenu du projet. « Le 23 novembre, le comité directeur reçoit une pétition demandant sa révocation ». Pour le président, il n'y a pas de doutes. Cette revendication est illégitime, et incompatible avec les statuts du club. Ce n'est pas l'avis de Bertrand Pau, qui invoque le code civil.
Loïc Lelandais, joueur de l'équipe A et un des ardents défenseurs du coach licencié, demande que le comité mette sa démission à l'ordre du jour. Il évoque les dérives autoritaires du président Porcher, et cite l'exclusion d'un joueur qui a refusé d'acheter le « pack » avec sa licence. Il demande la démission collective du comité. Le ton monte, Loïc Lelandais refuse de rendre le micro. Alain Porcher finit par calmer le débat.
Jean-Jacques Rapin, ancien dirigeant et ancien médecin du club, demande la parole. Il reproche au président d'avoir organisé un putch contre Christophe Deprez. « On ne gère pas un club comme une entreprise » lance-t-il au président Porcher.
Denis Caloin, adjoint aux sports, demande la parole et refait l'historique du malaise. « Je vous ai averti qu'il y avait risque de dérapage » dit-il au président avant de rappeler que la municipalité ne voulait pas s'ingérer, mais qu'elle demandait au président « de prendre ses responsabilités »... « Une association est une aventure humaine qui doit être partagée à la quasi-unanimité » dit-il.
Stéphane Grare, trésorier, prend la parole: « On n'a jamais vu l'ombre d'un projet en dehors des belles paroles de M. Ryssen » dit-il.
Jean-Michel Thibaut, membre du comité directeur, exprime plus calmement toutes les réserves que le comité a eues à l'égard du projet de Cédric Ryssen. « On n'a jamais vu de bussiness plan. On est passé d'un projet de 500 000 euros à un projet de 50 000 euros! On ne pouvait pas accepter ce projet sans en savoir plus! » Le président revient à l'ordre du jour, et évoque les bonnes résolutions de copération entre les clubs voisins. « Il faut faire des passerelles sur la formation des jeunes ». Il rappelle que les budgets de DH n'ont rien à voir avec ceux de CFA ou de National.
Puis, Prince Ihala prend la parole. Lui a continué à s'entraîner au Touquet et il assume. Il parle avec le coeur: « Moi aussi, j'ai signé pour le projet Ryssen. Mais aujourd'hui, il n'est pas là. Il nous a parlé d'argent, mais qu'est-ce qu' il y a sur la table? »
Journal de Montreuil
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