Après une vie professionnelle de commerçante en mercerie, Eveline Houadi a décidé de créer son auto-entreprise en couture.
Chez elle, rue de Paris à Ecuires, elle coud, et répare des machines à coudre. Mais elle cultive aussi une certaine idée de l'art de vivre en famille.
Son visage accueillant et réjoui a animé pendant 31 ans la vie commerciale de la rue d'Hérambault. Jusqu'il y a 18 mois, la dernière mercerie de Montreuil portait son nom. Ou plutôt son prénom. « Avec un « I » précise la jeune retraitée ». « Quand mon père est allé déclarer ma naissance, il y est allé avec mon parrain qui lui a dit : « Il faut l'orthographier de la manière la plus simple possible ». C'était à Béthune.
Le papa travaillait à la sucrerie de Lillers, et quand il s'est produit le « coup de grisou » de la sucrerie d'Attin, il y a 59 ans, on lui a demandé de venir encadrer un service à Attin. La petite famille s'installe à Montreuil, Eveline avait deux ans et demi. Dans la famille, on avait le goût des choses simples, et c'est resté. Dans sa vie professionnelle, la commerçante a assisté sans pouvoir lutter au long déclin d'un métier rongé par les nouvelles habitudes de consommation : explosion du prêt-à-porter et des vêtements quasiment jetables, disparition des travaux de couture à la maison. Elle s'est diversifiée dans la lingerie, la couture, les retouches et le dépôt de la redoute.
Entre temps, avec son mari, ancien chauffeur aujourd'hui retraité Eveline a fait construire une jolie maison à la sortie de Montreuil, route de Paris, sur le territoire d'Ecuires. Deux fils sont nés, l'un est plombier chauffagiste à la ville de Montreuil, l'autre est fleuriste à Brimeux, père d'un petit Malory, deux ans et demie. Tous les deux ont plusieurs points communs, la même passion du bricolage, partagée avec leur père, et le même attachement à la maison familiale. « On les voit tous les jours » dit Eveline, visiblement ravie de cette proximité avec ses enfants.
La maison d'Eveline et Jean-Pierre traduit bien une certaine idée de l'art de vivre : jolie architecture picarde, intérieur impeccable, extérieurs soignés, accès macadamisés, double garage et vaste jardin.
Depuis son départ de la rue d' Hérambault, la commerçante-mercière-lingère-couturière et dépositaire n'est plus que couturière. « j'ai conservé cette activité car j'aime coudre, et pour compléter les quelques mois qui me manquaient pour la retraite », explique Eveline. Mais il ne fait pas de doute que la couture ira plus loin que l'échéance de la retraite. « La couture, c'est dans mon tempérament. J'aime démonter, remonter, refaire, changer... même changer mes meubles de place ». Et elle ajoute avec humour : « J'aime tout changer, sauf mon mari ! ». Le couple est marié depuis 40 ans... Eveline s'est fixée des limites. En couture, elle n'accepte que de petits travaux : retouches, ourlets, doublures, fermetures éclair, rideaux. Pas question de confectionner une robe. Par contre, elle pratique aussi la broderie. « Il existe ne demande. Certains aiment offrir des serviettes de table ou de toilette brodées aux initiales de leur destinataire ou ornées d'un motif personnalisé ». Eveline a aussi une activité de réparation de machines à coudre, dont elle maîtrise parfaitement la mécanique, et son mari aussi. Certains, les femmes qui possèdent une machine à coudre sont de plus en plus rares. « Autrefois, les jeunes filles allaient à l'école ménagère, où on apprenait à coudre. Maintenant, elles ont disparu. « J'essaie aussi de me limiter dans le temps. En fait, je n'ouvre que deux jours par semaine, le mercredi et le jeudi ». Les autres jours sont consacrés au travail à la maison, mais aussi à la famille et aux petites sorties. Jean-Pierre et Eveline aiment bouger, jamais loin mais souvent.
Et quand elle ne coud pas, Eveline s'adonne à une autre passion : la cuisine. Mais on entre ici dans le registre de la vie privée. Et on laissera au mari et aux enfants de la jeune mamie le plaisir d'apprécier les talents culinaires d'Eveline. Ce n'est pas eux en tout cas qui se plaindront de cette passion-là... La couture comme la cuisine, et comme le goût du bricolage de Jean-Pierre traduisent avant tout l'attachement d'Eveline Houadi à un certain art de vivre : le plaisir de la famille et de la maison.
Mathieu VERGOIN
« J'ai conservé cette activité
car j'ai toujours aimé coudre »
Journal de Montreuil
Du côté des forums