Après 10 années passées à enseigner, Adam Kapella va intégrer la prestigieuse École Nationale de l'Administration aujourd'hui installée à Strasbourg. Avec, en fil conducteur, la passion de l'action publique.
Lorsqu'il a appris à écrire et à jouer du piano, dans les années soixante-dix, ni Adam Kapella ni ses parents ne savaient où allaient le conduire ses pas et ses études.
Très vite, le petit garçon s'est montré éveillé et curieux. C'était prometteur. Trente-sept ans après, le docteur Bohgdan Kapella, son père, décédé il y a un an, serait fier de voir le parcours de son fils couronné par son succès au concours d'entrée de l'ENA.
Fils du docteur Kapella et de son épouse Danuta, chirurgien dentiste à Cucq, Adam a grandi dans une famille de quatre enfants. S'il ne fut pas un enfant gâté, il fut à l'évidence un enfant heureux. Dans la famille Kapella, on cultive les valeurs familiales, la foi en Dieu, le goût de la musique, l'appétit d'apprendre et la gourmandise des connaissances.
Après le lycée Woillez, le jeune Adam intègre des études préparatoires de lettres. hypokâgne, kâgne, et avant de commencer un parcours universitaire de philosophie à la Sorbonne, tout en suivant les cours de l'École Normale Supérieure en tant qu'auditeur. (Il y a préparé son agrégation avec Mazarine Pingeot).
Le voilà jeune agrégé, reçu 12e au niveau national. S'en suivront dix années d'enseignement, notamment au lycée de Saint-Pol-sur-Ternoise, et de chargé de cours à l'Université. « Parallèlement, j'ai éprouvé le besoin de m'impliquer dans la vie associative et la vie de la cité ». Adam Kapella ouvre alors un cycle de cafés philo, où des réunions en petit comité sont organisées sur des thèmes de société ou de philosophie. On y parle de géopolitique, d'Histoire, de littérature, de religion... Puis c'est un autre cycle de conférences, avec le père Noyer, ancien évêque d'Arras qui s'est retiré au Touquet.
Parallèlement, devenu un pianiste brillant, il se produit en concert avec des violonistes, des flûtistes, rarement en solo. « Le piano, c'est apprendre à sa connaître et c'est une leçon d'humilité ». De rigueur aussi, et l'ENA en exige beaucoup.
« En 2008, j'ai éprouvé le besoin de m'impliquer davantage dans l'action publique ». Bien armé intellectuellement, il intègre la 5ème année de Sciences Po à Lille. C'est là qu'il suit un cycle préparatoire pour passer le concours de l'ENA. C'est ce qu'on appelle le concours interne, ouvert aux professionnels. Il vient d'être reçu fin novembre. Comme on l'imagine, ce concours est loin d'être une simple formalité. « Il se décompose en une semaine d'épreuves écrites, et un oral étalé sur cinq semaines. On est jugé à la fois sur le fond et sur la présentation, sur notre capacité à exprimer les choses.
Adam Kapella a dû disserter sur l'harmonisation des services financiers en Europe. Tout en anglais, qu'on doit parfaitement maîtriser bien entendu... Avec quelques questions pièges pour corser le tout... Le voilà parti pour deux années non stop (24 mois sans vacances), dont une bonne moitié de stages, à l'école aujourd'hui installée à Strasbourg.
Après l'action publique, l'engagement
dans la cité La chose politique, au sens littéral du mot, c'est-à-dire la vie de la cité, passionne Adam Kapella depuis toujours. Parallèlement à la vie associative et à la musique, Adam Kapella s'engage dans les municipales, puis dans les Régionales, et en 2007, il remplace au pied-levé Charles Barège qui quitte le MODEM pour le Nouveau centre et il se retrouve candidat aux législatives. Il y obtiendra un score loin d'être ridicule de pratiquement 6 % des voix.
Ave l'ENA, c'est une nouvelle page qui tourne puisque cet engagement citoyen, Adam Kapella envisage de poursuivre au service de l'État. « L'ENA prépare à deux sortes de métiers » explique-t-il. « Il y a d'une part les métiers d'autorité, comme les Préfets, les ambassadeurs, les grandes directions publiques, et d'autre part les métiers d'expertise, comme la Cour des Comptes, l'Inspection des finances, les évaluations,etc. » Même si le concours externe conduit encore trop de Parisiens sur les bancs de l'ENA, le concours interne a l'avantage de favoriser la diversité des élèves. « Cette année il y a le champion olympique Gilles Quéméné. J'ai aussi croisé une Slovaque qui a quitté son pays à l'âge de 18 ans, qui a appris le Français et qui est devenue capétienne en géographie ».
Par sa nature par ses origines, par goût aussi, Adam Kapella a déjà demandé d'effectuer son stage dans les pays de l'Est. Il apprend le Russe. C'est presque déjà une orientation de carrière. Le Judocien ne cache pas qu'il aimerait bien, à l'issue de ses ans d'ENA, embrasser une carrière diplomatique. Son attachement aux valeurs européennes n'y est sans doute pas étranger. « Le droit européen est passionnant car c'est un droit volontariste. Si on ne le veut pas, tout s'effondre ».
Mais comme le veut la règle, c'est à la fois le classement à la sortie et les voeux qui détermineront l'orientation professionnelle du nouvel énarque.
Une page est tournée. Le professeur de philosophie est maintenant à fond dans l'action publique. Impatient d'embrasser cette nouvelle tranche de vie, il conclut : « En fait, c'est la professionnalisation de tout ce que j'aime ». Cela s'appelle tout simplement vivre sa vie...
Pierre LEDUC Mathieu VERGOIN
Journal de Montreuil
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