C'est une opposition déterminée que Daniel Fasquelle a trouvé devant lui vendredi, contre son projet de construction d'une résidence étudiants et de logements sur le parking de l'aéroport.
Pour ses premiers projets signés par son équipe, Daniel Fasquelle est servi. L'opposition a pris les armes, vendredi soir, pour s'élever contre le projet de « campus » présenté par un promoteur sur le parking de l'aéroport du Touquet.
Ce projet, qui associe une résidence pour étudiants et saisonniers et des immeubles résidentiels, dans un esprit « développement durable » s'inscrit dans la politique municipale de développer l'habitat permanent d'une part et d'offrir des solutions de logement aux travailleurs saisonniers ainsi que des services à la population. Mais pour qu'il se réalise, il faut que la ville cède à l'investisseur, Bernard Fry, un hectare de parking de l'aéroport du Touquet, terrains qui appartiennent à la ville.
C'est cette opération qui divise la majorité et l'opposition.
Daniel Fasquelle a longuement expliqué l'intérêt de cette réalisation, qui permettrait d'offrir sur un espace qui est pour lui « en déshérence » 130 logements pour des travailleurs saisonniers ou étudiants, une résidence de 40 appartements (dispositif loi Scellier), et un immeuble de bureaux.
Pour le député-maire, ce projet apporte une valeur ajoutée indéniable à la commune, qui s'enrichit d'un « éco-quartier » réalisé dans un esprit contemporain et durable.
La résidence pour les étudiants et saisonniers répond pour Daniel Fasquelle à un besoin exprimé par les professionnels et vient en complément du projet de résidence pour les saisonniers qui doit être réalisé à Etaples. Elle serait associée à un service de location de vélos.
Le projet touquettois comprendrait aussi une halte-garderie, des services et des bureaux. « Quand j'ai appris l'existence du projet étaplois, j'ai demandé à l'investisseur de réduire le projet du Touquet à 130 logements étudiants » a dit Daniel Fasquelle.
Ce n'est évidemment pas l'avis de l'opposition, pour qui le projet est surtout intéressant pour l'investisseur qui va bénéficier, selon Patrick Doussot, d'un prix de vente très favorable, et qui va tirer de ce terrain public des avantages fiscaux.
Les arguments de l'opposition sont les suivants : Le terrain ne serait pas vendu à son prix réel. Grosso-modo, le prix de vente (98 euros le m2) représente moins de la moitié de celui payé par Nexity pour la résidence voisine.
L'opposition reproche aussi au maire de ne pas avoir sollicité d'autre opérateur pour ce projet.
Enfin, ils doutent que le terrain puisse accueillir ce type de projet, vu son classement dans les documents d'urbanisme. Patrick Doussot a ajouté que cet espace serait par ailleurs lié à un bail emphytéotique contracté par le passé avec une société. Mais pour Daniel Fasquelle, ce bail n'a pas de valeur juridique. On apprendra d'ailleurs mardi qu'il n'a plus de réalité au service du conservateur des hypothèques.
Quand à Lydvine Luternauer, qui a rejoint une opposition dure à Daniel Fasquelle, elle demande qu'une réflexion s'engage sur l'avenir de ces espaces aéroportuaires avant de prendre une décision et a demandé le report de la délibération.
Daniel Fasquelle ne l'entend pas de cette oreille. Pour lui, le terrain est parfaitement constructible, puisqu'il est classé dans la même catégorie que le terrain d'assiette de la résidence Nexity. Quant au prix, Daniel Fasquelle a répondu qu'il avait été fixé par les Domaines, en fonction des spécificités et des contraintes du terrain. Par ailleurs, il ne concerne que la partie « résidence service » qui a un rôle social, du projet. Le reste sera négocié « au prix du marché » et ce prix fera l'objet d'une autre délibération le moment venu. Enfin, le choix de l'opérateur était pour lui naturel puisqu'il s'agit de l'auteur du projet.
Un débat s'est ensuite engagé entre Juliette Bernard et Daniel Fasquelle sur la surface SHON (surface hors d'oeuvre nette), la première signalant une différence de 2000 m2 entre les documents demandés et ceux de la délibération.
Autre argument invoqué : la suppression des places de parking liées à la réalisation de ce projet. Pour le député-maire, le problème ne se pose pas, car il faut requalifier l'espace en aménageant des places clairement matérialisées sur la partie la plus proche de l'aéroport et des pistes et l'espace situé sur l'ancienne petite piste offre un réservoir de 600 places de parking.
Pour les élus de l'opposition, le projet de MM. Fry et Jayez n'a pas réellement de caractère social. Ils craignent que les loyers appliqués ne permettent pas aux étudiants et aux saisonniers de bénéficier des logements en question. La résidence d'Étaples bénéficie quant à elle de financements publics qui vont réduire le montant des loyers.
Daniel Fasquelle pense au contraire que cette résidence aura l'avantage d'être au Touquet et à proximité des emplois saisonniers. Il a expliqué que la quasi-totalité des professionnels de l'hôtellerie était favorable au projet.
Les six élus de l'opposition nouvelle ont voté contre la cession du terrain au promoteur. L'opposition a laissé entendre que des recours pourraient être engagés contre cette délibération.
Une enquête publique devrait être ouverte, car il faut déclasser une partie des terrains.
Pierre LEDUC
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