Une réunion publique a eu lieu samedi soir à l'hôtel de ville du Touquet, une soirée d'informations qui avait pour but de renseigner les Touquettois sur le dossier concernant la circulation des voitures, des vélos et des piétons.
« Si quelqu'un vient chez vous et que vous êtes en train de refaire une pièce, évidement que ça ne sera pas très gratifiant pour l'ensemble de votre maison. On ne juge pas un chantier au milieu du chantier ! Je veux qu'on juge après coup »... Le moins que l'on puisse dire, c'est que Daniel Fasquelle est contrarié depuis la réunion de samedi. Gabions, oyats, sable, stationnement... l'ensemble du projet a été passé au crible par les habitants. Lundi, entouré de ses adjoints à l'urbanisme et aux travaux, Anne Choteau et Philippe Hagneré, de Thierry Hurtevent, chef du pôle Espaces Publics et Environnement et d'un représentant de la société Eurovia, le premier magistrat a voulu faire une contre démonstration sur le terrain : Les gabions : « Quand on me dit que ça va rouiller c'est absolument faux c'est un acier inoxydable ! Et puis, on les a remplis de pierres qui rappellent la digue Ridoux et on offre ainsi un bel effet visuel. C'est un clin d'oeil au passé tout en le modernisant ! De plus, ils vont recevoir un cadre de bois, du Red Cedar ou du Mélèze, des essences qui tireront sur le gris en vieillissant. Ces gabions seront aussi éclairés à la nuit tombée. » Sable et oyats : « Pourquoi l'herbe ce serait qualitatif et pas les oyats ? Il n'est pas question de mettre des oyats à l'Hermitage mais ici, face à la mer, c'est cohérent. Ils vont pousser, recouvrir la toile de jute qui est biodégradable, fixer ensemble, prendre différents reflets et bouger avec le vent. Ils offrent une vue nouvelle, quand on se promène ici, notre regard butte moins sur les immeubles. » Stationnement : « L'idéal pour nous, c'est le parking du Chalut, paysagé et bien pensé au point qu'on devine à peine les voitures. Mais, en attendant de lancer notre concours d'architecte pour optimiser le parking entre la rue St Jean et l'Aqualud, on va passer, pour les stationnements en épi qui font face à la piste cyclable, à un angle non plus de 60 mais de 45°. Cela va permettre de dégager un bon mètre sur la profondeur afin que les gens puissent aller, en toute sécurité, d'un passage piéton à l'autre, et qu'ils puissent entrer et quitter leur stationnement plus aisément ! » L'accessibilité : « Nous avons refait faire des dalles identiques aux dalles historiques pour remplacer ce qui est défaillant et pour que tout soit harmonieux. Les passages piétons ont également été rabaissés pour faciliter l'accessibilité aux personnes handicapées et aux poussettes ! » La piste cyclable : « On l'a faite le plus large possible car elle est bidirectionelle. Un revêtement va être posé pour que se soit moins traumatisant pour les promeneurs et va, enfin, aller jusqu'au parc de la Canche. Il en sera de même de l'autre côté un peu plus tard. Les cyclistes pourront donc traverser la ville, d'un bout à l'autre en toute quiétude ! » Kathleen MENEGHINI Vos réactions sur www.lesechosdutouquet.fr
Décidément, la digue porte la poisse aux maires du Touquet. Après l'urbanisation excessive reprochée à son prédécesseur, après la réalisation controversée de l'Aqualud, après le projet de parkings souterrains qui a empoisonné la dernière campagne électorale, Daniel Fasquelle bute à son tour sur l'incompréhension des Touquettois à propos de son aménagement de la digue. Pas la peine de tourner autour du pot : le projet ne suscite pas l'enthousiasme dans la population. La voie de circulation automobile rétrécie pour laisser la place à une large bande cyclable à double sens fait l'objet de sévères critiques, et la banquette de sable plantée d'oyats et enfermée dans le textile biodégradable alimente les railleries.
Samedi à l'hôtel de ville, la réunion sur la circulation a essentiellement tourné autour de la digue et a confirmé les réticences qu'inspirent les travaux qui seront achevés pour l'été. Dominé par deux grandes idées, la priorité donnée au vélo et la mise en place d'une végétation littorale, le projet a voulu s'inscrire dans le grand mouvement du développement durable et il s'inscrit aussi dans l'esprit du programme de la majorité.
Le député maire pense que la communication a été mal faite autour de ce projet et il multiplie les explications. Le projet n'est pas achevé et il est sans doute trop tôt pour le juger. Mais on sent qu'il a du mal à passer.
En fait, les Touquettois aiment bien le vélo, mais à condition qu'il n'entraîne aucune restriction dans leurs habitudes d'automobiliste.
Les Touquettois aiment les fleurs, mais pas beaucoup les oyats. Il y a une douzaine d'années, Philippe Cotrel s'était heurté à la vindicte populaire quand il avait tenté de faire évoluer le fleurissement vers des végétaux plus vivaces, plus sauvages et moins fleuris. Il avait dû faire marche arrière et remettre des fleurs saisonnières dans les massifs. Il faut reconnaître que sans feuilles, sans fleurs et presque sans couleur, les oyats ont des qualités décoratives... discutables. On ne peut pas vraiment dire qu'ils égayent un espace.
Les élus eux-mêmes ont du mal à s'approprier et à défendre le dossier, auquel ils reprochent d'avoir été conçu par un cabinet d'urbanisme et les collaborateurs du maire.
Ce projet d'aménagement du front de mer (qui n'est qu'une évolution, pas une révolution et qui, finalement, n'est pas irréversible), souffre sans doute d'avoir été conçu en peu de temps, dicté par la volonté de rompre avec l'ambitieux projet de Léonce Deprez tout en conservant les financements publics qui y étaient attachés.
La vérité est qu'entre ce que les Touquettois disent et ce qu'ils veulent vraiment, il y a souvent un décalage, quand ce ne sont pas de flagrantes contradictions et il est parfois difficile de s'y retrouver. Pendant la campagne électorale, ils avaient effectivement été nombreux à exprimer leur volonté de développer le vélo au détriment de la voiture. Mais on voit bien que toutes les mesures qui restreignent la circulation automobile ou le stationnement les irritent.
Dans un autre domaine, ils avaient placé la réalisation d'une piscine au coeur de leurs priorités, mais on sent bien que dans une ville qui a déjà un centre aquatique, une centaine de piscines privées, et une piscine ouverte au public au tennis, le projet semble de moins en moins réaliste.
Il ne faudrait pas en tirer la conclusion hâtive qu'un élu ne doit pas écouter ses électeurs. Mais tout simplement qu'entre l'heure de l'écoute et l'heure du choix, il y a une place pour l'intuition, l'analyse des évolutions, des modes et des moyens, et surtout le sens visionnaire des élus et du premier d'entre eux.
Pierre LEDUC